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Heureuse découverte aux Archives !

On le sait : les manuscrits provenant des maisons religieuses de Basse Alsace, réunis au moment de la Révolution à la bibliothèque de Strasbourg, ont péri lors de l’incendie du 24 août 1870. Il faut donc se contenter de bribes conservées çà et là. Or, la restauration d’une reliure protégeant un Ordo missale Argentinense de 1490 (6 R 19) a permis de mettre à jour deux folios d’un livre liturgique fort vénérable.
Une rapide analyse de cette pièce de parchemin donne les résultats suivants : il s’agit d’un extrait du sacramentaire grégorien (sorte de missel en usage à Rome, puis en Germanie), que l’on peut dater du VIIIe siècle, donc de la fin de l’époque mérovingienne. La forme des lettres (a, g, groupe st…) appartient, en effet, à une écriture précaroline. Jacques Stiennon (Paléographie du Moyen Age, 1993, p. 107) renvoie, dans la famille des écritures précarolines, à la minuscule alémanique, mise en oeuvre dans les grands scriptoria monastiques du Rhin supérieur et de la région du lac de Constance (abbayes de Saint-Gall et de la Reichenau).

Autre indice, les initiales enluminées : le style associant le rouge, le vert, le jaune devraient permettre d’identifier le scriptorium où le sacramentaire a été réalisé. Evidemment, on pense aux ateliers de Luxeuil ou de Saint-Gall. Mais il n’est pas exclu que d’autres monastères entrent en ligne de compte. 

On connaît les liens anciens des monastères de la région du lac de Constance avec le siège épiscopal strasbourgeois. Est-ce à dire que ce fragment a pu faire partie d'un manuscrit appartenant à un évêque ou à la cathédrale de Strasbourg, qui a ainsi connu une seconde vie ? L'hypothèse n'a rien d'invraisemblable, même si elle n’est de loin pas assurée.

Dernier point à soulever : comment ce double feuillet de parchemin est-il arrivé dans cette reliure ? Le Missel porte le nom de Sebald Krämer, chanoine de Saint-Pierre-le-Jeune, mais installé à Haguenau, en 1563. Ce personnage a également dessiné ses armoiries dans l’initiale de la première page de l’ordo, après le calendrier. On peut penser que la reliure, qui peut être contemporaine de l’impression (1490), a été réalisée à Strasbourg avant même que Krämer en soit devenu le propriétaire.

 

Toujours est-il que le corpus des plus anciens manuscrits alsaciens vient de s’enrichir d’un nouvel item.

 

Merci à Laurent Naas, de la bibliothèque humaniste de Sélestat, pour son expertise !