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La première numérotation des maisons de Strasbourg

Plan de VI Canton (jpg - 5718 Ko)

Depuis le Moyen-Age, on désignait les maisons par l’enseigne qu’elles portaient. Lorsqu’elles n’en avaient pas, on se situait par rapport à la maison la plus proche qui en était munie. Une adresse pouvait donc se formuler ainsi : « Zum Hirschkorn, in Schildgassen » (« La maison à l’enseigne du Grain de Mil dans la rue du Bouclier ») ou : « Zum Schwarzen Bären in Oberstraße » (« La maison à l’enseigne de l’Ours Noir dans la Grand’rue »). C’était pittoresque, mais, avec le développement des villes à cette époque et la présence permanente d’une population allogène, les édiles prirent peu à peu conscience qu’il fallait trouver une solution plus rationnelle au problème.

En conséquence, la Ville décida dès 1782 de numéroter les maisons, bien que la décision ne fut effective qu’à partir de 1785[1]. Les raisons invoquées sont les suivantes : faire comme à Paris et dans d’autres villes françaises et allemandes, rendre service aux troupes en garnison et faciliter la lutte contre l’incendie.

 Le 23 février 1782, les directeurs des Bâtiments décident de la procédure[2] à suivre : le début de la rue sera considéré comme étant celui qui est le plus proche de la cathédrale. On donnera le numéro 1 à la première maison à droite, puis le numéro 2 à la maison suivante du même côté et ainsi de suite, jusqu’à la fin de la rue. Puis on changera de côté et l’on continuera par ordre croissant jusqu’à ce qu’on revienne tout au début de la rue, mais du côté gauche. C’est ainsi que, sur notre plan, le n° 1 (actuel n° 2)  de la rue des Veaux se retrouve en face du n° 28 (actuel n° 1). De plus, les impasses étaient souvent numérotées dans la même suite que les rues dans lesquelles elles débouchaient.

C’est en 1858[3] que fut établie la numérotation que nous connaissons actuellement : les rues ont un côté pair et un côté impair, ce qui simplifie considérablement la recherche d’une adresse.  Les numéros attribués aux maisons à cette date ont été conservés, y compris après les opérations d’urbanisme du début du XXe siècle, tels la « grande percée » (création de l’ensemble rue du 22-Novembre - rue des Francs-Bourgeois - rue de la Division-Leclerc - rue de la Première-Armée). Dans les rues perpendiculaires à cet axe (rue du Fossé-des-Tanneurs, rue des Serruriers, rue de l’Ail, rue d’Or, rue des Bouchers) les numéros de maisons démolies à cette occasion ne sont simplement plus attribués.

 

Ci-contre, le plan[4] établi par Boudhors, architecte de la Ville, en 1782. La rue des Sœurs  s’appelait à l’époque rue des Moines. Selon la coutume strasbourgeoise, l’Ill est appelée Bruche. L’échelle est donnée en toises de France. Au verso de ce plan est dessiné le modèle des numéros à graver ou à apposer sur les maisons. Le chiffre 7  a une hauteur de 17 cm ! Ces modèles se distinguent par l’élégance du graphisme.



[1] VI 650/8 : correspondance entre la Ville et le maréchal de Contades, commandant en chef en Alsace.

[2] VII 1420 : délibérations des directeurs des Bâtiments (Bauherren) de 1782.

[3] Mairie de Strasbourg. Tableau concernant l’état ancien des inscriptions des rues et du numérotage des maisons …   (Strasbourg, 1858, XXIII + 188 + XIX + 166 p.).

[4] Plan 1 C 21.