Les documents du mois


Le retour du roi

La statue de Louis XIV dans les ateliers de l'Oeuvre Notre-Dame (jpg - 140 Ko)
Mise en place des palans (jpg - 142 Ko)
La statue après sa chute (jpg - 124 Ko)

Un crime de « lèse-majesté »

En janvier 1945, les autorités municipales strasbourgeoises souhaitaient remettre en place la statue de Louis XIV que l’administration allemande avait déposée au mois de mai 1941 sur ordre du Gauleiter.

La statue équestre avait heureusement été sauvée et conservée tout le long de la guerre au dépôt du service d’architecture de la Cathédrale au Neudorf.

Retardée d’une année du fait du manque de matériel et de personnel, la statue fut finalement restaurée et le montage des trois pièces qui la composait fut envisagé pour le 14 mai 1946.

Mais un rapport daté du même jour nous apprend que lors de ce montage « la partie arrière du cheval qui aurait dû être mise en place en premier lieu, la corde s’est brisée, la pièce d’œuvre étant arrivée à une hauteur de 15 mètres environ. Cette partie de la statue tomba et s’écrasa sur le sol».

Le service de l’architecture en arriva à la conclusion suivante : « le point de section s’est produit entre les deux palans c’est-à-dire à un endroit où la corde ne supporte que le quart de la charge. A la déchirure, les deux bouts de la corde sont effrités, de sorte qu’il faut conclure à une défectuosité de matériel (…). »

Cependant, après d’autres contrôles pour déterminer la cause exacte de la rupture de la corde, il s’avéra qu’il fallait conclure à un acte de sabotage.

Les faits sont relatés dans un second rapport daté du 17 mai 1946 : « Les deux parties du cheval de la statue de Louis XIV ont été amenées au bas du contrefort sur un camion de la maison Heppner. La partie arrière du cheval fut alors préparée pour le montage par notre maçon Mr. Sins, aidé par les autres ouvriers qui lui sont adjoints. La corde devant servir au montage, ayant un diamètre de 22 mm avait été montée sur les moufles dès 7 heures du matin. Au cours de cette opération, les ouvriers ayant à cette occasion mètre par mètre de la corde en mains, n’y ont trouvé aucune trace de coupure. (…) La partie arrière du cheval fut alors soulevée de 20 cm au-dessus de la plateforme du camion et les ouvriers (…) procédèrent à la vérification de l’installation. (…) La réussite du montage à l’aide d’un treuil devait être garantie. (…) Pendant l’ascension de la partie du monument qui se fit extrêmement lentement en raison de l’emploi du moufle, aucun craquement anormal de la corde n’a été perçu et la manœuvre prit son cours normal quand soudain un claquement de l’importance d’une détonation se produisit, suivi immédiatement de la chute de la pierre qui s’écrasa sur le sol. L’éclatement de la corde fut suivi d’un sifflement produit par sa chute. »

Le personnel de bureau installé place du château et les ouvriers sur les échafaudages confièrent au service de l’architecture avoir entendu une détonation suivi de près par le bruit sourd de la chute de la pièce d’œuvre au sol. Un ouvrier déclara avoir entendu le « sifflement caractéristique d’une balle » » avant la section de la corde.

Le fournisseur de la corde fut interrogé et avoua ne pas connaître le type de rupture qui lui était présenté.

Après de nombreux essais de traction sur la même corde, on déclara que l’opération de repose de la statue de Louis XIV « avait été victime d’un acte de sabotage et qu’un tireur muni d’un fusil à lunette était l’auteur de l’accident », laissant à la police la suite de l’affaire. Les 17 et 18 septembre 1946, la statue restaurée de Louis XIV retrouva sa place au 1er étage du côté ouest de la cathédrale, aux côtés de Clovis, Dagobert et Rodolphe de Habsbourg.