Plan du pont sur le Rhin de 1595 - F III 3, 4 et 5

Tout l’intérêt historique de ce document réside dans la représentation très fidèle du premier pont sur le Rhin devenu par la suite le symbole des divisions et des rapprochements entre les Villes de Strasbourg et de Kehl puis celui de la réconciliation franco-allemande.

Plan du pont sur le Rhin de 1595, F III/3 (jpg - 140 Ko)

Plan du pont sur le Rhin de 1595, F III/3

Plan du pont sur le Rhin de 1595, F III 4 (jpg - 172 Ko)

Plan du pont sur le Rhin de 1595, F III 4

Un document inestimable prouvant la complexité d’un dispositif…

Ce plan-vue aquarellé en trois parties dont deux signées IME [15]95 (le monogramme désignant Johann Enoch Meyer) et toutes cotées respectivement F III 3, 4 et 5, représente le pont du Rhin, levé en vue de travaux de renforcement.

Ce pont en bois (ou Lange Brücke) est le premier pont fixe construit sur le Rhin en 1388 et en service jusqu’en 1797.

Long de 1 400 mètres, il se compose de 62 arches au tracé en S et utilise deux îles ou bancs de sable (Grün) de part et d’autre du thalweg.

Les fossés qui les interrompent de part et d’autre du pont visent probablement à protéger celui-ci. Le pont est interrompu, aux deux bouts et au milieu, par un ouvrage fortifié. Celui de la rive gauche (en bas sur le plan) est nommé Zollhauß (poste de péage ; identique au Mußthum ou Mäuseturm des XVIIe et XVIIIe siècles) ; les deux autres ont le même plan, détaillé au n°2 : une plate-forme rectangulaire, apparemment munie d’un parapet percé de meurtrières, est séparée du pont, de chaque côté, par un pont-levis, et flanquée de deux Blochheüßer, dont l’un (celui de la rive droite), figuré aussi en élévation, abrite un poste de garde (Wachtstüblin) et est surmonté d’un campanile - dont la cloche sert sans doute à donner l’alarme le cas échéant. Ce poste et le Zollhauß sont précédés d’une barrière (Schlagbaum) renforcée de pointes de fer. De plus, quatre guérites (Wachtheußlin) jalonnent le tracé du pont. Sur la rive strasbourgeoise, juste au sud du Zollhauß, on voit le débouché du Sankt-Johannis- Giessen ou Rheingiessen dans le Rhin, les bâtiments au nord du Zollhauß correspondent peut-être au Kochhaus. Les annotations indiquent que les ouvrages prioritaires sont le pont-levis du Zollhauß (lettre A) et le poste de garde sur la rive droite (lettres F et G) et qu’en revanche, celui du milieu du pont pourra être rajouté plus tard si l’on veut limiter les dépenses.


… qui inaugure une longue liste d’ouvrages, témoins des vicissitudes de l’Histoire.

La Ville de Strasbourg s’est constamment préoccupée de la sécurité du pont pour deux raisons :

  • il est un enjeu stratégique qui renforce son importance,
  • il est régulièrement malmené par les crues du Rhin qui comportait jadis de nombreux méandres et s’étendait sur près de deux kilomètres de large.

Le pont sur le Rhin introduit par ailleurs de la proximité dans la distance, efface à la fois le fleuve et la frontière pour rapprocher Strasbourg et Kehl.

Il permet à la frontière de réaliser à cet endroit sa véritable vocation qui est à la fois coupure et couture, séparation et mise en relation, discontinuité et contiguïté.

Il est enfin indispensable pour permettre les flux d’hommes et de marchandises.

Le pont sur le Rhin détruit en 1797 sera :

  • remplacé par le Pont impérial en sapin et en chêne, construit de 1803 à 1808, mesurant 440 mètres de long avec à son extrémité, un arc de triomphe érigé par la Ville de Strasbourg pour la réception de Napoléon 1er en 1806 après la victoire d’Austerlitz (en partie détruit en 1815, puis démoli en 1826),
  • remplacé à son tour dès 1816 par un pont de bateaux pour les piétons et le trafic routier entre Strasbourg et Kehl, en service jusqu’en 1897, puis par un premier pont routier entre les deux villes, en service jusqu’en 1939,
  • doublé dès 1861 d’un premier pont de chemin de fer entre Strasbourg et Kehl, en service jusqu’en 1939.

Après l’invasion de la France et l’armistice de juin 1940, les deux ponts sont dynamités par l’Armée française en prévision de l’offensive allemande puis réparés après l’annexion de l’Alsace et de la Moselle par le IIIe Reich pour être à nouveau détruits en 1944.

Des ponts provisoires sont construits par les Alliés en 1945.

Sont inaugurés ensuite successivement :

  • en 1960, le Pont de l’Europe qui vient remplacer le pont routier provisoire,
  • en 2002, le Pont Pierre Pflimlin en amont de Strasbourg,
  • en 2004, la Passerelle des Deux Rives destinée aux piétons et aux cyclistes.

Dans un avenir proche, sera aussi mis en service un nouveau pont permettant  l’extension de la ligne de tramway D jusqu’à Kehl.